VIOL : guérir ses blessures

V.I.O.L, un tout petit mot pour nommer un crime. Qu'est ce qu'un viol? En 1980, le code pénal (art.332) le défini ainsi : "Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte ou surprise constitue un viol". Termes repris dans le nouveau code qui ajoute cependant la notion de menaces.

Comment la victime ressent-elle cet acte?

Le viol est un meurtre qui laisse la victime vivante.........La victime est envahie par le gout de la mort. Pendant un moment, la vie semble l'avoir quitté : il y a un blanc, un silence, un vide. Véronique CORMON exprime bien ce qui explose au fond de l'être, ce corps réduit à un "objet", la parole perdue....On dit "non", on dit ce refus, mais en cet instant, les mots se perdent. L'agresseur n'entend pas, personne n'entend ce "non", ce "je ne veux pas". Le verbe a perdu son pouvoir de communication.

Qu'est ce que le viol pour les hommes?

Il s'avère être le fantasme le plus efficace pour se venger de la manipulation exercée par la mère! Plus qu'un acte sexuel, n'est ce pas la mise à mort de cette femme? Une prise de pouvoir? L'enfance des violeurs est parlante, mais je ne développerai pas cette analyse ici. Je crois juste que pour que le viol ne se reproduise pas, l'homme doit prendre conscience de son mal-être, de son rapport à sa mère.

Que vit cette femme (jeune fille) qui a rencontré l'indicible?

Plus que les blessures physiques, l'effraction est un véritable traumatisme psychique. 70% des victimes de viol développent un syndrome de stress post traumatique. La victime est sur le qui-vive en permanence, en proie à une angoisse intérieure qu'elle ne peut apaiser. Toujours sur ses gardes, elle sursaute au moindre bruit. Le danger intérieur est incessant. Pour éviter cette sensation, la victime a recours à divers moyens de défense afin de ne pas se laisser submerger par ses émotions. Citons quelques exemples :

***Le déni : "je n'ai pas souffert, je ne me rappelle plus, cela n'a pas d'importance"

***L'isolation : "je me souviens de ce qu'il a fait mais je ne sentais rien, je suis plus forte que lui car je ne sens rien"

***La fuite : "je milite pour les autres qui doivent souffrir plus que moi"

***Intellectualisation : "en cherchant à comprendre, je maîtrise mes émotions"

Ces moyens de défense peuvent se révéler parfaitement efficaces pour contenir l'angoisse et ne pas "exploser" sous le coup du trauma. Il n'en demeure pas moins que "la tentation de l'anesthésie diminue la souffrance mais engourdit notre manière d'être humain" (P. Bessoles). Dans les suites du traumatisme, nous retrouvons une haine contre le corps prenant la forme de troubles alimentaires, automutilations; parfois allant jusqu'à un total déni de soi (alcoolisme, drogue..). La victime se sent de nouveau réduite dans le regard de l'autre qui peut créer un nouveau traumatisme.

Il y a quelques mois, j'ai passé une expertise psy et mon passé y a été évoqué. Cet expert que je ne nommerai pas (mais qui, à mon sens, a perdu toute trace d'Humanité.....à moins qu'il n'en ait jamais eu...) a mis le conditionnel pour évoquer le viol collectif dont j'ai été victime. Son rapport est ironique et parsemé de mots qui blessent : " une photo volée, est-ce un viol?"

Des années après, je suis de nouveau niée, y a-t-il résurgence du traumatisme parce qu'on est encore une fois mise sous silence? Cet expert se substitut-il à l'agresseur parce que devant lui, mes mots (maux) sont restées vides de sens?

Parler, c'est établir un lien avec son histoire. Afin d'éviter tout risque de sentir à nouveau une effraction similaire, la victime barre l'accès à toute sensation. Ainsi, elle n'est plus en contact avec ses émotions, ses désirs, ses besoins, ses sentiments. En se coupant de sa douleur, elle se coupe également de la joie, de l'insouciance, du désir amoureux, de l'amour........de tout ce qui fait vibrer l'être. Mais que se passe-t-il quand la parole retrouvée s'exprime devant celui qui ne croit pas? N'entend pas? Que faire de toute cette violence reçue?

Parfois, la victime met en place un projet d'autodestruction par identification à l'agresseur : c'est un moyen psychique parmi d'autres de renverser la situation et d'éloigner une autre confrontation toujours possible.

* Ce processus peut se traduire de manière externe : la victime ne voit les hommes que comme des pauvres types impuissants, faibles et méprisables qui n'inspirent que du dégout.

* De façon interne, la colère et la violence peuvent se retourner contre la victime elle même qui va perpétuer cette violence reçue, achevant ainsi le travail entrepris par l'agresseur. On retrouve ici la capacité de mettre sa vie en danger d'une façon ou d'une autre. Cette violence, cette colère, cette haine de soi, beaucoup de victimes continuent à les porter en elles longtemps après le viol. Je crois que l'une des difficultés consiste sans doute à accepter l'idée que l'équilibre trouvé jusque là soit perdu à tout jamais. Comment assimiler l'idée qu'un acte criminel va bouleverser sa vie au point de revisiter sa propre histoire? Parce que la vie est un équilibre, qu'on soit enfant ou adulte au moment du viol, le traumatisme qui va suivre va alourdir un coté de notre horloge biologique. J'ai parlé précédemment des "arrangements" psychiques qui donnent l'illusion de rétablir la stabilité mais........

L'une des voies de la guérison passe par la prise de conscience des objets perdus, si douloureuse soit-elle. Le rétablissement réside dans la capacité de vivre avec l'évènement sans l'ignorer mais sans se laisser submerger par lui. La victime ne peut pas retrouver son état antérieur, pré traumatique. L'évènement traumatique transforme ceux qui le vivent et tout changement implique une perte. Le deuil de ce qu'on a perdu doit être fait.

Ce qui était ne sera plus.

Si j'étais face à vous, lecteurs, vous me demanderiez probablement la solution. Je suis convaincue que nous avons chacun en nous une solution qui varie selon notre propre histoire. J'ai été violée quand j'avais 12 ans. La violence s'est déchainée pendant des heures....blessures physiques, menaces, plusieurs violeurs.....j'ai échappé à la douleur et à l'horreur en isolant mon corps du reste de moi. J'ai trouvé un compromis : ils avaient salis mon corps mais mon esprit restait libre, lui!

Mais on ne peut pas dire que je vivais : je survivais parmi de nombreux troubles comportementaux (anorexie, automutilation, conduite à risque, cauchemars.....). J'ai "oublié" jusqu'à ce qu'un nouveau traumatisme fasse alors exploser tout ce que je cachais au fond de moi. Toute la colère, toute la violence, tout ce dont je croyais me protéger, tout a refait surface.

Ce qui était n'était plus.

 

A se renvoyer ainsi nos blessures, nous ne sortons pas du cercle infernal et de l'opposition néfaste agresseur/victime. N'oublions jamais que ce sont les femmes qui portent leurs fils en leur sein et qu'elles ont le pouvoir de laisser les pères hors jeu. A figer les rôles de la sorte, on barre l'accès à une position dialectique où chacun doit remonter à sa propre source.

* En tant que femme, où suis-je l'agresseur?

* En tant qu'homme, où suis-je la victime?

Je sais aujourd'hui que j'ai eu de la chance d'avoir deux filles. Dans l'état d'esprit qui maintenait mon équilibre psychique, quels traumatismes aurais-je transmis à un petit garçon?

L'image traumatique a installé une menace interne, source d'angoisse. Cette image n'a pas trouvé de représentation pour la recueillir. Le franchissement du néant imaginaire laisse la victime sans mots. Lui demander de raconter avec des mots, sortir de la confusion en essayant de dire les choses dans l'ordre; c'est aller vers la reconstruction d'une parole Humaine et structurée. Parler de l'image traumatique la replace peu à peu dans le réseau des représentations passées. "Mais il faut du temps, beaucoup de temps pour s'en sortir, pour parvenir à trouver les mots, pour traquer les séquelles du trauma si bien ancrées au cœur du psychisme".

Alors pourquoi ne pas commencer par écrire, tout simplement, au point où tout a commencé? Par l'écriture, on peut poser les mots et les sentiments dans le calme, prendre le temps d'écrire quand ces images se présentent, comme elles viennent, le jour ou la nuit et puis......un peu plus tard, retrouver les sentiments dans les mots, structurer les maux pour rendre au corps ses sentiments et leur place dans le passé et . C'est ainsi que le psychisme évacue le traumatisme et s'ouvre à nouveau sur l'avenir, sur la vie. La souffrance ne guide plus chacun de nos pas, de nos gestes, nos émotions. Cette femme, jeune fille violée peut alors retrouver son besoin de rencontre et de contact avec l'autre. La guérison se profile avec le concours d'autres relations affectives.

Parce que le viol rend menaçante toute relation de dépendance, il frappe aussi de plein fouet l'intimité et le désir dans la relation amoureuse. Le processus de guérison s'effectue par la conquête d'une nouvelle faculté d'entrer en dépendance sans crainte d'en souffrir ou d'en mourir et d'établir une vraie relation sans tomber da la soumission. C'est la sexualité qui est touchée dans le viol? Les retrouvailles avec le corps et le désir passent par un contact réel.

Les mots retrouvent pleinement leur sens et leur finalité que s'ils passent par le corps, s'ils sont traversés par l'émotion.

J'en témoigne, cette libération passe par une phase douloureuse : c'est un accouchement! Mais ce traumatisme, s'il ne s'oublie pas, n'est plus.

C'est le temps de la renaissance........Comment imaginez-vous la vôtre?

©Angélique 15/07/2006

 

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