
Témoignage de Mélancolya

Collège : je
découvre le harcèlement moral. Ce garçon me poursuit, me guette, m'attend. Me
frappe. Et me dis qu'il m'aime. A cette époque, je manquais tellement d'amour
que je me suis dit que c'était peut-être ça l'amour. Au moins, malgré les coups,
quelqu'un disait qu'il m'aimait. Quelqu'un m'attendait...
> Et puis un soir, tout a basculé. Il riait fort, me maintenait. Moi dans ma
petite robe chasuble écossaise. J'avais beau me débattre, rien n'y faisait.
J'entends encore son rire dans mes oreilles. La robe chasuble est remontée, et
les autres se sont approchés. Des mains, des doigts me touchent de façon très
intime. Cela se bouscule. Et Lui qui rit toujours !
>
> Honteuse, je baisse la tête et ne dirai rien. Trop honte. J'étais déjà
incomprise par mes parents, je savais que cela me retomberait dessus. Qu'ils
diraient que c'était de ma faute. Déjà qu'on ne me croyait pas quand je parlais
de mes parents.
>
> La vie tourne, 18 ans, je n'en peux plus. Je quitte le domicile de mes
parents. Je vais rejoindre l'homme que j'aime. Le temps passe.
> Je construis ma vie, toujours cette peur immense d'être abandonnée. Je ne
mérite pas qu'on m'aime, je ne mérite pas de vivre, je ne mérite pas le
bonheur... Alors je me sacrifie. Passe ma vie à aider. J'héberge des personnes
mal intentionnées que j'ai cru en détresse. Je m'oublie. Je ne sais pas prendre
soin de moi. Les autres passent toujours avant.
>
> Je commence à réaliser que ma conduite n'est pas la meilleure. Et me nuit plus
qu'autre chose. Alors, je prends de nouveau ma vie en charge. Je me bats,
obtiens enfin mon diplôme, trouve un CDI. Je vis enfin ma vie, comme je le
désire, à ma façon. Je me sens légère, libre. Heureuse. Enfin... Je me dis que
la roue a tournée.
>
> OCT. Un ami me raccompagne, me viole chez moi. Violent, rouge, menaçant. La
peur me paralyse. JE me débats faiblement, dit non, le supplie. Pleure. Croit
mourir. Je n'ai le temps de penser à rien. Je me débats avec lui, un violent
coup de poing me fait basculer en arrière, je tombe sur mon lit. J'ai mal, le
souffle coupé. Il en profite pour me déshabiller. A partir de là, je cesse de me
débattre. Je refuserai jusqu'au bout de croire qu'il va commettre l'irréparable.
Jusqu'au moment où je le sens... en moi. Et là, tout craque. Je quitte mon
corps, je flotte. C'est moi sans être moi. J'ai abandonné. LE pire est arrivé.
>
> Du moins c'est ce que je crois. Les douches longues, qui durent à l'éternité.
Je demande à mon ami de jeter les draps, les vêtements, les chaussures ! Le
commissariat. Mon ami insiste : il ne faut pas laisser passer ça !
> Et là, tout s'embrouille. Un flic me dit que ce n'est plus la peine de
pleurer, que ce n'est plus la peine, que cela ne sert à rien. Que c'est fait. Je
refuse de le croire. JE veux m'en aller ! Non, on me dit de rester. "Il n'y en a
plus pour longtemps". Cela fait deux heures qu'ils me répètent ça.
> Encore une heure passe. Je me retrouve au CAVASEM (Centre d'Accueil des
Victimes d'Agressions Sexuelles et Enfance Maltraitée ). Je dis non, pleure,
supplie à nouveau. Je ne veux pas de cet examen ! Je le vis comme une seconde
agression, un autre viol.
>
> Je passerai ensuite plusieurs semaines dans un état second. JE dors, ne parle
plus. JE suis ailleurs. Je ne réalise plus rien. Je saurai plus tard que mon psy
m'a déclaré en régression mentale, une non acceptation de la réalité. Je m'en
fiche, je veux mourir. J'essaie. Je pars même en HP. La boulimie.. Je ne veux
plus être belle. Encore aujourd'hui, je ne supporte plus d'entendre ses mots :
belle, mignonne. Tout comme je sursaute, me fige à chaque éclat de voix. Je
panique devant la foule. Je me banderai même la poitrine, enfilerai pull sur
pull. Je veux couper ces cheveux qu'il a agrippé. Mon ami refuse.
>
> Confrontation, expertise, confrontation, contre-expertise, une autre
expertise...etc..
> J'apprends ! Je sors en état de choc. Cela fait 15 ans que mon agresseur fait
cela. Avant moi, il a violé la nièce de son épouse. Elle avait 15 ans ! Et j'en
veux à cette justice...qui lui a permis de récidiver encore une fois, en
acceptant de commuer sa peine.
>
> Je ne cesse de me dire que le pire est derrière moi... Et je ne cesse de
déchanter. Mes parents me jugent coupable. C'est ainsi. Lui nie, accuse. Et moi,
je subis. La reconstruction est un cauchemar. J'alterne les bons et les mauvais
moments. L'espoir et le désespoir. Certains soirs, j'ai de nouveau envie de
mourir. D'autres non. Voilà ce qu'est devenue ma vie. Peut-on appeler ça une vie
?
>
> Avril : le choc. Réduction de peine pour bonne conduite. Mon agresseur va
passer au tribunal pour savoir s'il sort ou s'il part en détention provisoire...
qui ne durera de toute façon qu'un an. Mon avocat m'explique. JE ne veux pas
comprendre. Je ne le peux pas. J'entends vaguement mon avocat me dire qu'il ne
pourra être maintenu en détention jusqu'au procès. Depuis, je vis dans
l'attente. L'attente du procès. La peur qui m'envahit. Le ras le bol aussi. Je
tente de reconstruire ma vie. Je ne serai plus jamais la même...
>
> Y.J.
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