LE BILAN DE SOI
 

Ce mois-ci, je propose à ceux qui le souhaite de faire un bilan de soi. Où en êtes-vous aujourd'hui de vos souhaits? Que faites-vous de votre passé, qu'envisagez-vous de faire dans les prochains jours, mois........

Quel regard posez-vous sur vous même?

Je n'ai pas de guide ni de méthode à proposer parce que vous êtes tous uniques et que chacun de vous doit faire ce bilan en explorant les profondeurs de son être?

Je vous livre un bilan : le miens.

Le 29 août 2006

 

Étrange ce besoin de poser tout à coup une sorte de bilan. Le médecin des urgences m’a rappelé. Il m’a demandé si j’allais mieux tant physiquement que psychologiquement. Il a juste constaté qu’au téléphone j’étais calme et plus ouverte au dialogue.

Mon comportement aux urgences l’a marqué. Les médecins ont eu le sentiment de me torturer alors qu’en réalité, ils n’ont fait que les examens nécessaires.

Comme je n’y suis pas retournée récupérer les comptes rendu, ce médecin voulait aussi les coordonnées de mon médecin traitant. Il a juste résumé gentiment : il a vu une jeune femme de 30 ans mais des os qui ont le double.

Je crois qu’on m’avait déjà signalé ce problème osseux mais à une période où je traitais mon corps comme une poubelle. Ce n’est plus le cas et je vais consulter comme on me l’a conseillé.

J’entends aussi tout ce qui découle de mon projet de création d’entreprise. Je fais aujourd’hui ce que mes parents n’ont pas voulu que je fasse quand j’avais 20 ans mais ma situation n’est plus la même. Aujourd’hui, les idées de mes parents m’importent peu. J’ai plaisir à créer. Le but n’est pas commercial, c’est ma façon à moi de transformer des sentiments. Les couleurs et les formes sont comme des mots, comme un coup de pinceau sur une toile.

 

Ce que juillet m’inspirait :

 

 

Et puis août

 

Le plus drôle, c’est que j’écris en même temps que je couds. J’ai retrouvé ce plaisir il y a quelque temps. C’est ma créativité qui a donné naissance à une activité commerciale et non l’inverse. P**** (qui lui, a fait une école de commerce) en avait marre de voir s’entasser dans des cartons tout ce que je faisais. C’est lui qui a déposé la marque auprès de l’INPI et ouvert la boutique.

J’ai été très surprise et fier aussi du succès « commercial ». C’est une reconnaissance à laquelle je ne m’attendais pas. Les commentaires de mes « clients » (ben.....oui) sont positifs et encourageants.

Mais je suis réaliste aussi. Je sais parfaitement qu’il me reste encore à vivre en paix avec mon passé. L’épisode des urgences m’a montré à quel point je vis mal le « dehors ». Je suis restée consciente de ce qui se passait (vous allez me dire que c’est mieux qu’au paravent) mais incapable de me contrôler, de me raisonner. Intellectuellement, je savais très bien ou j’étais et pourquoi, mais tous mes sens, eux, ont eu le réflexe de se mettre en alerte. Je me suis retrouvée comme un renard traqué, à bout de souffle.

En rentrant, je me suis effondrée mais impossible de dormir dans le calme depuis.

J’en pleure en l’écrivant, je ne pensais pas en arriver là.

Même si je sais qu’un viol collectif laisse des traces, je découvre que la plaie est profonde.

Comme nous en avions parlé, je me suis adaptée.

* Je mange chez moi, ce que je lave et prépare

* Je sors accompagnée et relativement peu.

* J’ai des points de repère sécurisants

Oui, c’est positif parce que je vis au lieu de survivre et je n’ai plus été hospitalisée. J’ai aussi compris que plus je refusais que ce viol puisse influencer mon quotidien, plus j’étais envahie.

 

Je ne suis plus en guerre contre moi. Je m’accepte comme je suis tout en sachant que rien n’est figé, tout évolue

Un spécialiste m’a dit un jour que je ne sortirais jamais de l’anorexie, un autre que j’enchaînerais l’hospitalisation par mon comportement « limite ». Pourtant, les hospitalisations s’espacent et même quand je vais mal, je reste dans la réalité. Je ne vis pas en paix avec ma bouffe mais j’ai repris un poids de femme, stable.

Je sais que je peux me « casser la figure » rapidement (comme cette semaine, je verserais certainement moins de larmes et je dormirais mieux si je n’avais pas perdu ces 3 kilos) mais ma raison reprend vite le dessus et j‘ai un médecin sympa qui me rassure par un suivi régulier : il n’hésitera pas à discuter avec ma raison au cas où......... . Je suis consciente de cette fragilité mais je vis avec.

Je pense que personne ne peut savoir comment évoluera cette situation.

Je sors au moins deux fois par semaine pour venir chez vous. La plupart du temps, je viens seule. Je peux le faire parce que le point de repère au bout du chemin, c’est vous. C’est régulier et rassurant. J’ai une amie et mon mari qui sont aussi pour moi « rassurants » et avec lesquels je peux faire de petites sorties (bon, c’est vrai : je m’arrange pour aller dans des endroits peu fréquentés, dans lesquels on ne mange pas, où le café est servi dans un gobelet en carton..... et j’ai l’assurance que si je me sens mal, je peux rentrer chez moi immédiatement, c‘est grave?)

La création d’entreprise me donne un nouveau regard. Mon activité ne sera acceptée que comme occasionnelle. Mon refus de me rendre en stage (parce que je ne peux vraiment pas) a déclenché une réaction de la part de divers organismes. La phrase qui m’a le plus marqué :

- «  Vous êtes bien courageuse d’entreprendre dans votre état!!!!! »

Aurais-je du mentir? Ou alors continuer à cacher comme le faisait ma famille?

 

Je ne veux pas devoir me cacher, ce qu’on ne dit pas fini toujours par se savoir et mon but est de reprendre une petite activité qui me plaise et soit adaptée à ma situation actuelle.

Pour obtenir mon immatriculation au RCS, on me laisse le choix entre reconnaître mon handicap (via la COTOREP) ou faire signer à mon mari des tas d’engagements (sur ses biens personnels entre autre) et des garanties.

Je vais peut être vous surprendre. Je souhaite me prendre en charge toute seule. En écrivant tout ça, je comprends parfaitement qu’une mutuelle me demande surprime et garanties. Actuellement, l’agoraphobie et la bouffe m’handicapent (sans parler des périodes d’angoisse et des nuits sans sommeil qui me paralysent parfois plusieurs jours). Psychologiquement parlant, je suis instable pour le moment. Le dire ne me sape pas le moral parce que c’est une réalité que j’ai acceptée. Je vis bien mieux depuis que je ne suis plus en guerre contre des symptômes auxquels je ne peux rien.

Le CFE a raison en disant que je ne suis pas capable d’exercer une activité régulière.

La COTOREP est probablement la solution aujourd’hui, c’est un statut qui rassure tout le monde et qui n’est pas un frein à l’évolution.

 

Je n’ai pas réellement de projets « long terme », je laisse venir. Je sème et je récolte. Aujourd’hui je sème Chez Clochette avec ce que je suis. L’avenir ne me fait pas peur. Au pire, je continuerai comme aujourd’hui. Les maux sont visibles mais tellement plus supportables que lorsque je les cachais.......

Croyez-vous que l’acceptation soit réductrice ou bloquante?

Dans ce cas, dites le moi. Peut être que je m’illusionne mais j’ai le sentiment d’être VIVANTE en m’acceptant telle que je suis.

 

04/09/2006

 

« Pardonner, c’est renoncer à juger et à punir. Ce n’est pas oublier...... C’est décider que l’on ne veut plus dépendre de la haine et du ressentiment envers ceux qui nous ont blessé. C’est décider de se libérer d’eux. »

« Il existe de nombreuses méfiances par rapport au pardon : il serait une forme de réponse de faible par rapport à une offense ou à une violence objectivement injuste. La vengeance serait, elle, une réponse de fort.3

« Le pardon permet d’entrer à nouveau en contact avec l’agresseur offenseur sans détresse émotionnelle excessive, peu importe à la limite si l’agresseur a l’intelligence d’être touché par le pardon pour lui-même se repentir et s’excuser. »

Extrait de : « Imparfaits, libres et heureux » Christophe ANDRE

****************

Ce matin, je ne suis pas revenue là-dessus puisque le fait que ma mère soit dans le coin à focalisé mes pensées : beaucoup de stratégie pour éviter toute rencontre. Effectivement, je connais bien ses paroles destructrices qui n’ont pas changées toutes ces années et je n’ai aucune envie des les entendre alors que je reprends confiance en moi.

J’ai peur que ses mots réenclenche mon vieux réflexe de soumission à ce qu’ils disent de moi : ils disent donc je suis........

Cette peur est peut être totalement infondée. Peut être que tout ça n’aurait plus aucun impact sur moi. Dans le doute, l’esquive me semble plus protectrice que le combat. D’ailleurs, si tout était limpide à ce sujet, je ne serais pas là à le tourner dans tous les sens pour trouver comment m’y adapter.

Hors, j’avoue ne pas comprendre le sens du pardon défini par Christophe André. Je n’ai pas le sentiment de dépendre de la haine ou du ressentiment envers mes parents. Je n’ai pas de désir de vengeance non plus.

Il y a la réalité de leur comportement et l’impact qu’il a eu sur moi et le fait qu’ils insistent dans ce sens par leur procédure judiciaire toujours d’actualité.

Je n’attends plus leur affection. Aussi surprenante que je puisse être, je suis ma propre mère. J’ai appris à prendre soin de moi comme de mes enfants. Ça me fait le plus grand bien de soigner ma petite fille intérieur (principe appris de la Sophrologie).

En faisant le ménage dans mon entourage, j’ai aussi eu le plaisir de constater qu’on peu m’aimer telle que je suis. Les relations sont faciles quand on ne se sent pas obligé de se cacher.

J’ai la chance d’avoir un mari qui m’aime et m’a appris à m’aimer en tant que femme (ce qui m’aide très probablement à me raisonner alimentairement parlant).

Quand à la fameuse reconnaissance, je sais très bien qu’elle ne viendra pas de mes parents et d’ailleurs c’est mieux ainsi.

Ils n’ont rien fait quand j’ai été violée, enfin si : mon père m’a dit que je l’avais bien cherché!! Il a ensuite profité de la situation pour m’apprendre la « vie »...............

Quand j’ai construit quelque chose jusque là, ils l’ont détruit. Aujourd’hui, je ne les laisserai plus faire. D’ailleurs, la plus belle reconnaissance ne vient-elle pas de ce qu’on récolte chaque jour?

Quand mes textes sont publiés, quand mes créations sont bien accueillies, quand un membre du groupe de parole me dit que je l’ai aidé à comprendre un de ses troubles; je suis heureuse et je n’ai besoin d’aucune autre reconnaissance.

Quand ce que je sème ne germe pas (ou mal), je cherche tout simplement à comprendre pourquoi histoire d’éviter de faire les même erreurs par la suite.

Mes parents estiment que l’écriture est l’art des fainéants que la couture est une activité « ouvrière » (et dans leur bouche ça veut dire honte) et que le milieu de la mode est un bain de dépravés. L’idée qu’ils se font des psy est peu glorieuse : je vois une psychiatre, je suis des cours de psychologie..............Je fais donc partie de la secte!!

Je n’ai même plus envie d’en parler avec eux, à quoi bon? Je crois avoir fait assez de « tentatives » coté dialogue. Aujourd’hui ils pensent ce qu’ils veulent, ça m’est égal.

Alors le pardon..... Je n’ai peut être pas compris l’idée développée par C. André, mais je n’ai pas le sentiment que la manière dont il développe le concept m’aiderait.

Il se trouve que je ne souhaite pas « entrer de nouveau en contact » avec mes parents. Je voudrais juste me libérer de la peur qu’ils m’inspirent et qu’ils me laissent vivre. (ce qui veut dire mettre fin à toute procédure judiciaire)

Pour que je pardonne, il faudrait que mes parents viennent demander ce pardon. Sinon, je ne comprends pas comment ça marche. Et puis, même dans des conditions idéales, ils sont allés tellement loin que me sens incapable de leur faire confiance.

Me jouer la carte de la compréhension pour que je revienne vers eux et mieux me coincer ensuite, ils me l’ont déjà fait deux fois!!

Je me suis totalement désintéressée de ce qu’ils font, disent ou pensent. Je suis libérée de beaucoup, sauf de la peur. Mes parents m’ont appris la peur, j’ai grandi dans la peur, et cette peur des « autres » qu’ils m’ont inculqué s’est aujourd’hui transformée en une peur d’eux et de tout ce qui peut leur ressembler.

La question est restée posée : qu’est ce qui m’a mise si mal à l’aise ces derniers jours? Il semble que ce ne soit pas la présence de ma mère mais sa présence si longue auprès de mes grands-parents. Elle vient rarement et juste quelques jours depuis qu’elle est partie en Bretagne. Je sais parfaitement que mes grands-parents ne vont pas très bien et cette présence intensive me laisse penser que leur état de santé empire.

 

 

Ma mère a fait en sorte que je ne puisse plus voir mes grands-parents, est ce qu’elle ira jusqu’à m’empêcher de leur dire « au revoir »?

Est-elle capable d’aller jusque là pour me punir de ne pas suivre la voie qui m’était tracée?

Elle ne peut pas utiliser mes enfants, j’ai le pouvoir de les protéger.

Mais je suis triste parce que pour ma grand-mère je ne peux rien, je ne peux que vous le dire même si vous le savez déjà : j’aime ma grand-mère et j’aurais tant voulu la voir de temps en temps...

© Angélique , ce texte n'est pas libre de droits

 

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